Confraternité d'Économie : du principe à la pratique du quotidien
Suite aux riches échanges de l'Agora sur les confraternités d'économie et en prolongation du texte une question revient naturellement sur le terrain :
« S'il n'y a pas de structure juridique, ni d'association, ni de hiérarchie... comment fait-on concrètement au quotidien quand il faut prendre des décisions pratiques ou gérer un projet ensemble sans que ça parte dans tous les sens ? »
Un préalable fondamental : la structure d'âmes
Avant toute organisation pratique, il existe un socle indispensable. Une confraternité d'économie ne peut fonctionner si elle n'est pas d'abord une confraternité spirituelle de pénitents. Il s'agit d'un rassemblement de personnes qui ont pris la volonté et l'engagement de devenir des hommes et des femmes d'amour, d'aller vers les autres pour les écouter, de pratiquer le pardon et la paix, et de réfléchir avec un cœur libre de préjugés. C'est cette exigence intérieure qui permet à tout le reste de découler naturellement, ce qui implique nécessairement un véritable passage de déculturation face aux réflexes de domination et de concurrence du monde moderne.
Comment s'organise-t-on au jour le jour ?
Dans ce cadre, pas de votes à bulletins secrets, de rapports de force ou de votes majoritaires qui créent des gagnants et des perdants. Les décisions s'appuient sur la discussion ouverte jusqu'à ce qu'un accord émerge naturellement par consensus, porté par la recherche commune du bien. Pour se répartir les tâches et mener des actions, le groupe s'appuie entièrement sur l'économie du don et le volontariat : chacun propose ce qu'il peut offrir selon ses compétences, son temps ou ses outils.
Exemple : Si un groupe local souhaite préparer un espace de rencontre ou soutenir une initiative, l'un proposera spontanément de gérer la logistique matérielle, un autre d'animer les échanges, et un troisième de rédiger les comptes rendus, sans qu'aucun chef de projet permanent ni règlement rigide ne soit nécessaire. Le lien repose uniquement sur la confiance mutuelle, la responsabilité individuelle et la pénitence partagée.
Et quand l'action dépasse le cercle local ?
Lorsqu'un projet ou un besoin d'envergure dépasse le cadre d'un petit groupe, les confraternité de frères en régions se concertent et mettent en commun leurs moyens pour rendre l'action possible. Cette mutualisation se fait toujours dans un strict respect : elle ne se substitue jamais à l'autonomie et à la souveraineté locale de chaque assemblée ou unité.Ainsi, loin d'être une utopie désordonnée, la confraternité d'économie démontre qu'une vie collective harmonieuse est possible dès lors qu'elle s'enracine dans la liberté intérieure et la fraternité vécue.
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Thierry Morales
en réponse à Philippe d'Aquitaine • •Ce que tu décris là est la finalité ultime de Petites Unités Humaines abouties. Mais les Petites Unités peuvent exister, et même doivent exister, en amont de la pénitence consciente et volontaire. La Petite Unité n'est pas seulement un aboutissement mais elle est un moyen, parmi d'autres moyens, de favoriser le développement du Bien et de l'amour fraternel. Beaucoup d'homme et de femmes feront le choix de vivre dans des sociétés à échelle humaine, souveraines d'elles-mêmes, avant même de prendre conscience de la nécessité de la pénitence. Mais la pénitence germera et se déploiera plus facilement au sein de groupes humains de taille restreinte qu'au sein de grandes masses anonyme et administrée de façon autoritaire. Pour apprendre l'amour du prochain, l'homme doit aussi expérimenter la liberté, car amour et liberté vont de pairs.
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Philippe d'Aquitaine et Frère Claude René M aiment.
Philippe d'Aquitaine
en réponse à Thierry Morales • •Merci Thierry pour ce partage et pour cette analyse qui touche au cœur du sujet.
Il y a un constat fondamental sur lequel nous sommes pleinement d'accord : les grandes masses anonymes et centralisées étouffent l'humain.
Il y est devenu presque impossible de pratiquer l'amour, le pardon et la vraie liberté. La Petite Unité est une possibilité, une solution d’organiser la société avec un cadre indispensable pour recréer le terrain pour réapprendre la fraternité.
Si Léopold Kohr **(1)**, économiste et philosophe pionnier de la décroissance et de la décentralisation, affirme que la taille excessive des États est la cause des crises et des guerres, et préconise les petits États pour éviter les guerres, favoriser le bien-être des humains et avoir une meilleure gestion économique et sociale (ce qui inspirera le célèbre courant « Small is Beautiful » **(2)**), Michel Potay **(3)** le fait essentiellement pour des motifs spirituels : dans de petites unités, les humains se connaissent mieux et sont plus à même de vivre la fraternité, la liberté, l’amour du prochain, le pardon et la paix. Mais n'est-ce pas une certitude sans la pénitence, et donc la vertu partagée ?
Le rôle exact de la Petite Unité, tel que Michel Potay le développe dans son blog, va encore plus loin : en petite unité, les êtres se connaissent, peuvent s'aimer, se pardonner et se défaire des préjugés. En effet, réduire le nombre d'individus qui cohabitent augmente la « densité de l'intelligence du groupe » (217C93). Le sens de la responsabilité collective devient alors aussi fort que le sens de la responsabilité individuelle. De plus, seules de petites unités souveraines peuvent gérer leurs dépenses de manière fine et responsable, là où les grandes masses génèrent inévitablement du gaspillage et du surendettement (202C29).
Cependant, à la question de savoir s'il faut commencer par diffuser le projet sociétal, Frère Michel répond clairement : « Commencez par préparer les mentalités à l'Appel à la pénitence » (180C46). La pénitence constitue le niveau supérieur (le moteur spirituel et la transformation de l'homme), tandis que la vie sociale en petites unités constitue le niveau inférieur (la concrétisation matérielle et la forme sociétale) (Entrée 181). Vouloir la structure sans le changement du cœur est vain. C'est la mutation spirituelle des individus qui rend la petite unité viable, et non l'inverse.
Là où mon expérience de terrain (dans l'Économie Sociale et Solidaire, les coopératives et la gestion d'entreprise) m'amène à nuancer ton propos, c'est sur cet ordre des facteurs : la structure ne crée jamais la vertu. La vertu (ce que nous appelons la pénitence : l'effort d'aimer, de pardonner, de faire la paix et de se libérer des préjugés) n'est ni spontanée ni garantie par la forme du groupe. J'ai vu de nombreuses coopératives et structures à taille humaine qui, faute d'un engagement moral et intérieur explicite de leurs membres au départ, ont fini par réinventer des règlements rigides, du contrôle et de l'autoritarisme local pour éviter le chaos. Ou bien ont carrément disparu.
Comme l'enseigne Frère Michel, le préalable reste de changer l'homme pour changer le monde. La Petite Unité offre la possibilité matérielle de vivre autrement, mais elle reste une coquille vide ou instable si elle n'est pas habitée par des femmes et des hommes en recherche active du Bien. Notre démarche ne consiste pas à poser une ingénierie sociale en espérant que la vie y entre après. Elle repose sur une dynamique peu expérimentée par le monde : l'addition volontaire de consciences autonomes et de pénitents qui choisissent de s'unir pour faire émerger une âme collective. La Petite Unité est le réceptacle de cette vie spirituelle, mais c'est la transformation du cœur qui en reste le seul véritable moteur.
C'est comme ça que je le comprends.
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Jose, Frère Claude René M et Thierry Morales aiment.
Thierry Morales
en réponse à Philippe d'Aquitaine • •Pourtant la question de l'échelle n'est pas anodine. Le groupe restreint offre la possibilité de ressentir l'interdépendance des vies individuelles, de comprendre concrètement la répercussion de ses choix sur l'existence des autres. A contrario, la grande masse dilue et anonymise la responsabilité, elle rend abstraites les répercussions de nos agissements. Pour le dire en raccourcis, la masse noie nos choix dans la masse. A cela je rajoute que la société de masse, individualiste, nous fait oublier que nous avons besoin les uns des autres, rend très difficile l'emergeance du sens de la complémentarité et de la solidarité. Dans les société villageoise et les petites communes du passé, on pouvais certes vivre des conflits, des rivalités, des bisbilles diverses, mais on savait aussi que le moment venu des vendanges ou de la moisson, il fallait tous s'y mettre, ensemble, y compris avec celui que l'on aime pas. Y compris lors d'un incendie, par exemple, ou toute la communauté se mobilise et se passe les seaux. Ce simple bon sens collectif - et je ne parle pas là de vertu - ne renaîtra que dans des petites unités humaines. La masse est un obstacle, elle s'interpose entre les causes et les effets, elle éloigne les actions de leurs réactions, elle peut, en outre, dissimuler la pratique du mal et par là, l'encourager. Elle ne rend pas impossible la prise de conscience personnelle et le travail intérieur de bonification, ni l'émergence de groupes voulant vivre collectivement l'apprentissage de l'amour du prochain dans la liberté, comme le sont nos assemblées. Mais elles rendent très difficile cette prise de conscience et cette mise en œuvre pour le grand nombre. Ce n'est pas un obstacle total, mais c'est une force contraire importante.
Pour en finir, provisoirement, sur cette question je dirais que la petite unité favorise le bien qui lui-même favorise la petite unité dans un mouvement de réciprocité permanente. Pour ce qui est de la priorité missionnaire, c'est un autre sujet qui doit être traité comme tel. J'ai tendance à considérer comme Claude René que les expériences de petites unités vont de toutes façon se produire par la force des choses, et cela peut-être plus rapidement que nous ne l'imaginons. Nos assemblées de pénitent et moissonneurs, si elles sont vivante et attractives, feront alors parler d'elles, dans un monde de nouveau en recherche active de lui-même.
Jose aime.
Frère Claude René M
en réponse à Philippe d'Aquitaine • •C’est vrai Philippe, le fait d’être une petite unité en soi ne garantit rien en effet sur la vertu des habitants, la pérennité du groupe ni ses éventuelles dérives - on connait l’ostracisme et la méchanceté de certains villages - mais le fait de se situer à une échelle humaine où tous se connaissent (plus ou moins) permet déjà de mieux percevoir les problèmes collectifs et de les affronter avec bon sens et honnêteté. En cela la petite unité favorise une façon d’être humain qui elle-même ouvre la possibilité d’une pénitence consciente.
Ce sont les petites unités de pénitents, autrement dit nos assemblées de pèlerins quand elles passeront au stade de confraternité d’économie » qui montreront l’exemple aux autres par la stabilité et la réussite dont elles feront preuve.
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Thierry Morales, Philippe et Jose aiment.