du Ciel à la terre ou de la terre au Ciel ?
Autrement dit, croire ou faire ?
Beaucoup de personnes assimilent les pèlerins d’Arès à une religion. Elles se basent principalement sur la terminologie utilisée, quoique variable selon les individus. Ça évoque : Dieu, foi, prière, culte, rite, pénitence, etc. alors forcément, c’est de la religion. Et si elle n’est pas classable, alors c’est une secte, à tout le moins, quelque chose de pas clair.
Et si ce premier point n’est pas concluant, elles considèrent sinon qu’établir un lien entre terre et Ciel (c’est une image, pour faire court) relève de la perspective religieuse.
Certes, les pèlerins d’Arès n’ont pas encore complètement fini de s’extirper de la religion. Non celle des pratiques formelles, même si certains peuvent encore se rendre à l’église, au temple, à la mosquée, à la synagogue en diverses occasions, principalement par fraternité avec leurs semblables des divers héritages spirituels de notre monde.
La religion dont il s’agit de s’extirper, c’est plus précisément l’esprit de religion, à savoir un ensemble d’attitudes et de modes de pensée hérité des siècles que l’Appel du Signe invite à dépasser.
Le premier à y avoir été invité fut bien entendu le premier témoin du Signe, un religieux par excellence puisqu’il était diacre orthodoxe à l’époque des manifestations de Jésus.
Mais tous ceux qui lui ont emboîté le pas depuis sont aussi concernés.
Dresser les différences notoires entre la religion et la vie spirituelle (ou la pénitence, ou l’édification de son âme, inextricablement liées à la Moisson de ce monde) amènerait à une longue liste.
Mais pour dissiper le flou, on peut commencer par une image simple, précisément là où est la confusion est la plus forte. Il s’agit d’indiquer la direction du lien entre la terre et le Ciel.
La religion considère le lien dans le sens terre vers Ciel. En gros, l’aspiration et la finalité ultimes de l’homme (ou plus précisément du fidèle) réside dans un au-delà qui n’a plus rien à voir avec la vie terrestre, en échange de la fidélité à des pratiques, credos, rituels, sacrements, etc. qui n’engagent que peu ou pas du tout à la pénitence au sens où l’entend le Signe, condition sine qua non pour changer le monde.
Inutile de préciser qu’aucune religion ne considère que l’homme peut librement retrouver son image et ressemblance, encore moins que le monde peut changer, autrement que dans les limites du système avec lequel toutes sont peu ou prou associées.
Les pèlerins d’Arès considèrent le rapport inverse : c’est le Ciel qu’il faut ramener sur terre, autrement dit, que l’homme retrouve sa vocation initiale d’image et ressemblance, une humanité Une à l’image de la Création, l’individu Un, et non éclaté par des forces et aspirations qui sont autant de valeurs desquelles ne sort pas le bonheur.
L’eschatologie du Signe est précisément le bonheur au sein du joyau de la Création — et même au-delà —, la planète donnée en Héritage, et plus encore, les dons divins confiés à l’homme, à nouveau en symbiose avec le Grand Tout. Un bonheur très différent de celui qui prévaut aujourd’hui (quand il existe), principalement axé sur le productivisme et l’accumulation dont les limites semblent de plus en plus évidentes.
Pourquoi un tel renversement du sens du rapport au cours des âges ?
Vraisemblablement parce que la religion et ses fidèles (à quelques exceptions près) ont peu à peu renoncé à remonter le courant du temps en quelque sorte, à aller à l’envers du flot d’une société que l’humanité s’était construite, cheminement forcément long et difficile, et qu’il était plus facile et plus rentable dans l’immédiat de se ranger du côté de l’ordre établi, et rapidement, d’en profiter. Ce fut à chaque fois la mort du prophétisme, ou de la dynamique civilisatrice.
Même si le parallèle peut paraître surprenant, c’est toute la différence entre croire et faire. Le frère Michel écrivait dans l’édition 2009 de la Révélation d’Arès : « Dans cette révélation, faire a remplacé croire ».
Se pensant impuissants face aux maux qui rongent l’humanité depuis des siècles, les hommes ont dans leur immense majorité délégué la gestion de leur sort tant matériel que spirituel aux professionnels de la religion et de la politique, sa fille profane.
Ils ont établi avec le Ciel un mode de relation duquel presque toute forme de participation active est exclue, comme si tout ce que pouvaient faire les êtres humains ne dépassait pas le stade de motions de pensée.
Ou alors, par des constructions intellectuelles aussi sophistiquées qu’impérieuses, mais aussi pertinentes qu’un navire construit en plein milieu du désert, ils ont cru s’élever vers un idéal qui ne cessait de leur fuir dans la réalité du moment.
Au risque du néologisme, les pèlerins d’Arès sont donc bien moins des « croyants » que des « faisants », dans le sens du Bien, cela va sans dire, et ils appellent tous leurs semblables à se reconsidérer ainsi.
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