Tu aimeras ton ennemi
Texte initialement publié sur ma page FaceBook
facebook.com/thierry.morales.5…
Il n’existe pas de guerre sainte*.
Comment une guerre pourrait-elle être sainte ?
Toute guerre est affreuse, injuste, blasphématoire.
Pas davantage qu’il n'existe une guerre Sainte, il n’existe une guerre juste. Toute guerre nous entraîne en-deçà de la justice. Tout ce que l’on peut faire lorsqu’on est contraint à la guerre, c’est de descendre le moins bas possible.
Il n’existe pas de guerre juste, mais il existe une guerre légitime, celle qui est menée dans le cadre d’une légitime défense.
Se défendre lorsque l’on est agressé et spolié est en effet légitime. Alors on peut entrer en guerre sous la contrainte, lorsque tous les recours ont été épuisés sans succès.
Mais même dans ce cas, on entre en guerre à ses risques et périls spirituels, parce que la guerre peut nous entraîner malgré nous dans des bassesses qui déchirent l’âme et piétine le cœur.
Se défendre est légitime. Haïr l’ennemi peut-être compréhensible, cela n’en devient pas juste pour autant.
Jésus a dit « tu aimeras ton ennemi ». L’amour inconditionnel encouragé par Jésus n’est pas un amour sentimental. Il n'est pas amour d'instinct, de tendresse ou d'attirance, comme l'affection entre époux ou amis. C'est un amour de conscience et de sagesse, - un amour devoir pour celui qui connait Sa Source et se refuse à la souiller -, un amour d'immense portée civilisatrice.
L'amour du prochain n'est pas sélectif. Comme le soleil il éclaire sans distinction les bons et les mauvais. Amis et ennemis y ont droit pareillement.
Jésus, ni aucun prophète nous demande d’aimer sentimentalement celui qui nous fait souffrir, nous agresse ou nous spolie.
Par contre, il nous est demandé de ne jamais oublier que notre ennemi est aussi notre frère en humanité. Et sous cet angle, un autre nous-même, un visage de l'homme unique.
Nous pouvons nous défendre dans l’amour de celui que nous combattons. Justement parce que cela ne concerne pas les affects, les attirances et les répulsions.
Aimer son ennemi, cela n’est pas le considérer naïvement comme un ami.
Aimer son ennemi c’est ne jamais l’avilir ou le dégrader, ne jamais le déshumaniser. La déshumanisation de l’ennemi est la justification de toute barbarie.
L’ennemi, même dangereux et devant être maîtrisé avec fermeté, peut-être avec violence, et même violence ultime, ne cesse pas pour autant d’être une personne de la même espèce que la mienne.
Si j’oublie cela, si je bestialise mon ennemi, si je le chosifie pour ne pas avoir à rendre de compte à ma conscience, lorsque je l’élimine .... Alors je sombre. Et mon combat défensif, légitime au départ, perd même sa légitimité.
Aimer son ennemi, c’est garder à l’esprit qu’un homme comme moi peut devenir, peut-être, un jour, meilleur, un allié, un ami, un frère. J’éviterais en le repoussant, en le combattant, en le neutralisant… toute souffrance inutile, toute cruauté gratuite et toute humiliation indigne de lui comme de moi. Tout ce qui le dégrade me dégrade.
Si j'oublie cela, je ne suis plus qu'un barbare. Et peu importe mes alibis théologiques, idéologiques, philosophiques. Toutes ces idées seront emportée par l’haleine puante de mes discours vides...
Ainsi. Je refuserais de me venger pour ne pas engrosser de conflits futurs. Je rechercherais la paix avant tout et autant que possible. Et la justice sans laquelle la paix est rarement durable.
Alors me direz vous, tout cela est bien théorique et idéal !
Mais que feriez vous une fois précipité dans le concret d’une agression violente, d’une menace existentielle, d’une injustice insupportable. Les mots sont faciles. La réalité moins confortable.
Que ferais-je ? je n’en sais rien.
Qui peut affirmer qu’il ne sera jamais une bête parmi les bêtes ? Qu’il ne sera jamais emporté par sa blessure ou sa peur comme par l’ouragan qui ruine tout sur son passage?
Pas de leçon. Pas de sermon. Juste une ouverture au possible, au dépassement, au transcendant.
Pas d’affirmation péremptoire, juste une espérance tremblante et humble.
Mais ce que je sais, c’est que c’est en m’entraînant chaque jour à cette quête d’altitude, de noblesse, de sagesse… à travers chaque contrariété, chaque iniquité, chaque offense… que je serais peut-être mûr, le moment venu de l’implacable confrontation avec mon ennemi - et donc avec moi-même -, pour la belle noblesse.
Et si j’échoue?
Je ne m’inventerais pas d’alibi ou de justification. Je dirais simplement que j’ai échoué, que je n’ai pas su ou pas pu trouvé d’autres chemins, plus élevés et plus droits.
Et j’implorerais la miséricorde .
Jamais je n’aurais l’insolence d’affirmer que Dieu est nécessairement de mon côté et me couvre pour mes erreurs, mes fautes. Peut-être mes abjections. Et cela uniquement parce que je me réclame de Son Nom, de Sa Religion, de Son Peuple.
Je ferais pour le mieux sans jamais être certain que j'ai servi le Vrai et non une grimaçante idole, dans la folie de mes passions et de mes certitudes.
Si un jour malheureux, acculé à l'extrême limite impensable, je suis conduis au détour d'un cauchemar, à tuer un homme - Dieu m'en garde ! - pour protéger plus faible que moi ou la justice du juste ou la Parole du Vivant menacée d'anéantissement... je le ferais en pleurant. Conscient de ma laideur. Et sans jamais revendiquer le titre usurpateur de héros. T
* La formulation « guerre sainte » n’existe nulle part dans la Révélation prophétique authentique, ni dans la Bible, ni dans le Coran, ni nulle part. Il s’agit d’une invention de théologiens et de politiciens associés, remontant à l'Antiquité tardive et au Haut Moyen-Âge, ou apparaît également la notion de « guerre juste ». Tout cela ne sera formalisé qu’au VIIe-VIIIe siècle, à travers la confrontation de la Croisade et du Jihad, chacun cherchant à se justifier, religieusement et juridiquement, vis à vis de l’autre.
Texte librement inspiré de l'enseignement de Michel Potay, témoin du Signe - ou de la Révélation d'Arès. Article "Guerre" Le Pèlerin d'Arès 1990. © Éditions Adira
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Thierry Exode
Il n’existe pas de guerre sainte*. Comment une guerre pourrait-elle être sainte ? Toute guerre est affreuse, injuste, blasphématoire. Pas davantage qu’il n'existe une guerre Sainte, il n’existe une...Facebook